Partager l'article ! L’étoile: Un conte d'Annick Surville Au bord d'un soir, un de ces soirs de fin d'été ...
Un conte d'Annick Surville
Au bord d'un soir, un de ces soirs de fin d'été mouillés de pluie quand la brume couvre les champs d'un long voile presque transparent, ne laissant à l'horizon que deviner la forme des arbres et des buissons, un de ces soirs, où la lune ronde sortie d'un nuage, semble vouloir se mirer dans cet océan de grisaille, un de ces soirs enfin, où seule au coeur de mes rêves, je laissais vagabonder ma pensée au gré de l'instant, oubliant la vie et ses problèmes, je m'arrêtai de marcher pour essayer de discerner, et mieux voir là-bas, cette ombre d'abord lointaine, à peine visible que mon regard cherchait à percevoir dans cet amas de brume, et qui avançait vers moi, prenait forme, avançait...avançait... jusqu'à presque me toucher m'imprégnant de son regard intense, profond, comme pour devenir moi, et pénétrer ma pensée.
Grande, blonde, sans âge cette femme transparente de beauté, frôlant l'herbe de son large manteau de soie blanche, me regardait en souriant. Je m'entendis lui demander:
Qui êtes-vous? d'où venez-vous? quel chemin ont emprunté vos pas pour venir jusqu'à moi? Alentour, je ne vois que des champs perdus dans cette fin de jour.
Tout en lui posant ces questions, il me semblait être en dehors de moi-même comme projetée dans un corps inconnu, léger, sans pesanteur, pour atteindre intérieurement le sommet de la plénitude. Je m'entendis lui dire encore: "Vous devez être fatiguée d'avoir tant marché!" Elle me regardait toujours nimbée de pureté, et d'une telle beauté, que mes yeux ne pouvaient s'en détacher.
- Approchez-vous de moi!
La voix! elle avait la résonance des mélodies douces de l'enfance que l'on retrouve au plus profond de soi-même et de ses souvenirs, cette voix ne m'était pas inconnue. Je sentis la caresse d'une main sur mon visage, et j'entendis ces mots:
- Je viens de l'infini du temps, du pays aux sept étoiles, te souviens-tu de moi?
- Me souvenir de vous?
et alors elle me raconta...
" Il y a des millions d'années quand les hommes habitaient encore les étoiles naquit une enfant sur notre planète.
Cette planète était composée de sept étoiles, reliées les unes aux autres par un sentier bordé des plus belles fleurs inconnues de l'univers.
Cette enfant dès son plus jeune âge, aima parcourir ce jardin qui, disait-elle, ressemblait à une couronne, en faisait le tour s'arrêtait pour saluer ses amis, et s'en revenait fatiguée, pour dormir dans mes bras.
Un jour, sans que rien ne laisse présager ce malheur, une étoile est tombée rompant la chaîne, c'était l'étoile des enfants, celle des jeux et de l'étude. Depuis, aucun enfant n'habite plus nos étoiles."
- Mais comment avez-vous traversé ces millions d'année?
- Le temps pour nous n'existe pas notre vie dans l'infini comme le mot l'indique, ne connaît pas de fin.
- Pourquoi ce soir êtes-vous venue vers moi?
- Parce que tu es l'enfant que je berçais, tu ne m'as pas reconnue?
-Votre voix me rappelle des souvenirs lointains...si lointains...mais je n'ai pu traverser tant de siècles ...je vis sur cette terre, j'ai des parents, un nom, et notre vie ne connaît pas l'éternité.
Je sais tout cela mais je te le répète, pour nous, le temps n'existe pas. Ce matin là, quand l'étoile est tombée, et avec elle tous nos enfants alors commença l'attente de ce jour, et nous avons attendu longtemps, très longtemps, car l'étoile en tombant, avait franchi la barrière de la mort , cette barrière qui sépare l'univers terrestre qui fut le tien dès cet instant, et le nôtre où la mort n'existe pas.
- Il y avait beaucoup d'enfants sur votre planète?
- Vingt et un.
- Où sont-ils?
- Comme toi dispersés de par votre monde.
- Mais pourquoi revenir maintenant?
- Parce qu'aujourd'hui, ce monde va mourir, et que l'heure est venue pour nous de reprendre nos enfants avant que cette terre d'accueil ne bascule dans le néant.
- Mais, si je viens de vos étoiles comment expliquez-vous ma présence en cette année mille neuf cent quatre vingt dans ce coin du monde où vous m'avez retrouvée.
- Je n'ai jamais quitté ta pensée un instant, je t'ai vue traverser les siècles, mourir et renaître, comme vos arbres dans des écorces différentes, mais ton esprit, ta pensée, ton âme, s'ils étaient guidés par des gestes inconnus à chaque nouvelle vie terrestre, t'appartiennent depuis l'infini de notre temps, comprends-tu?
- Ainsi vous êtes ma mère, et d'autres parents comme vous en ce moment, tiennent le même langage à leurs enfants?
- Oui, c'est cela nous venons vous chercher.
Mais comment! je ne puis ainsi tout quitter m'évanouir dans la nuit, mon corps est lourd, et vos étoiles sont si loin...
Mon corps tout à coup tandis que je prononçais ces paroles redevenait lourd réellement face à cette créature presque immatérielle, et pourtant tellement présente capable de traverser par la pensée, le passé, le présent, l'avenir même. Ma vie me sembla terne, triste, j'avais envie de partir, de retrouver ces étoiles d'où je venais, mais comment!
Je la vis alors déboutonner son manteau, et décrocher de sa robe aussi longue aussi blanche que son manteau, une broche. 0h! merveille, un diamant. Le plus pur que mon regard n'ait jamais contemplé, il avait la forme d'une étoile, et dans la nuit qui maintenant s'approchait, je pouvais en levant la tête comparer ce bijou étincelant, aux millions d'étoiles accrochées à l'azur.
Elle tenait la broche dans ses mains, et me dit d'une voix plus douce encore:
" C'est pour toi, un jour viendra, très proche maintenant où tu verras mourir tout ce qui t'entoure car les hommes de votre planète en détruisant la nature, se détruisent plus vite encore, la terre bientôt deviendra néant et ne connaîtra plus ni vie ni mort. Ne te sépare jamais de cette broche car pour toi qui ne verras plus d'autres siècles sur cette terre, elle représente l'éternité. Ton Eternité. Ce jour là, un à un, nous accueillerons nos enfants retrouvés, et nous reconstruirons ensemble une étoile pour qu'à leur tour d'autres enfants puissent apprendre à rêver."
- Comment vous-même avez-vous franchi la barrière de la mort en venant vers moi?
- Ce signe que nous attendions depuis si longtemps s'est montré sous la forme d'un grand oiseau blanc traversant nos étoiles. Nous savions que la venue de cet oiseau serait pour nous le signal, et qu'alors nous pourrions franchir cette barrière sans être touchés par la mort, car une partie venait d'en être brisée par un grand vent venu de plus loin que nos étoiles.
- Mais alors, si cette barrière est en partie brisée, les habitants de notre terre peuvent espérer ne plus mourir.
- Non, ils sont allés trop loin dans la destruction, l'eau anéantira le monde car il n'y aura plus d'arbres, plus d'herbes plus de fleurs pour absorber l'eau et pour l'arrêter. Le vent aidant, ce vent d'une violence peu commune, arrachera les arbres morts détruira maisons et habitants, s'écrouleront alors les murs de béton, et avec eux... ce qui reste de l'avenir.
- Quand ce jour viendra, comment franchirai-je cette barrière, si toute vie n'existe plus, me faudra-t-il attendre une nouvelle mort?
Comme tes amis, tu décideras de l'instant. Tu reviendras ici, près de cet arbre où je t'ai retrouvée, mais ne tarde pas, il va bientôt mourir; tu t'appuieras contre le tronc en serrant très fort dans ta main, ce diamant. Tu sentiras naître en toi une grande légèreté, un grand bonheur, et le désir de me rejoindre. Je t'aiderai de là-bas, tu verras, le chemin ne sera pas long maintenant
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